ESPRIT_2014_10
L’architecture a-t-elle encore un prix ?
Frédéric Lenne
octobre 2014

L’existence d’un prix d’architecture indépendant et fondé sur des bases éthiques solides est une nécessité. Pour au moins deux raisons : stimuler un exercice critique et renforcer la médiation de l’architecture dont un prix peut à la fois être l’instrument et le porteur. Pour parvenir à le mettre en place, les conditions à respecter dérivent d’un principe de mise à distance de toute influence, celle des institutions, des groupes de presse aussi bien que des marchands du temple. Ce qui n’évitera pas les controverses ou les polémiques – pourvu qu’elles aient un réel intérêt, elles sont nécessaires – mais permettra de garantir l’existence d’un jury le plus indépendant et rigoureux possible.
Le premier point du règlement devrait faire un sort à toute division parcellaire par catégories afin de ne pas retomber dans le piège de palmarès interminables à la seule vertu – si l’on peut dire ! – de passer rhubarbe et séné au plus grand nombre. La profusion de lauréats brouille définitivement les cartes. Un jury se doit de se prononcer, pas de récompenser à tout va. Le testament d’Edmond de Goncourt instituait une Académie chargée de décerner, chaque année, un prix « au meilleur volume d’imagination en prose ». De même, une Académie pourrait être créée qui récompenserait chaque année « le meilleur bâtiment érigé en France ».

Les critères qui gouverneraient ce prix sont assez simples à élaborer. Un règlement sans ambiguïtés est à mettre au point et un nom qui sonne juste reste à trouver. Ce devrait être l’œuvre de ceux qui, s’ils existent, voudraient bien se mettre autour d’une table pour définir enfin le prix d’architecture que la France a – en partie et faute de mieux – eu, trente années durant, avec l’Équerre d’argent. Aujourd’hui sur la mauvaise pente, celle-ci n’est plus en situation de jouer le rôle critique et pédagogique qui devrait être le sien. Mais pour de multiples raisons – provoquer un appétit architectural chez les Français, les informer sur l’architecture contemporaine, mettre en valeur aux yeux du monde les réalisations de l’hexagone, renouveler les exercices critiques, soutenir les architectes, donner des coups de pouce aux jeunes générations,… – il est temps de songer à créer un vrai prix national d’architecture.
Avis aux amateurs et aux bonnes volontés ! telle est l’incitation qui conclut cet article de la revue Esprit.

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