Une brèche dans le conformisme
20-06-2015
samaritaine

C’est une bonne nouvelle pour Paris et pour l’architecture à Paris. Le projet de la Samaritaine des Japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa va enfin pouvoir être réalisé.

Cette nouvelle a pourtant comme un goût amer. Que de temps perdu !

Deux ans de procédure pour entraver le projet avant de revenir à la case départ. Il aurait été tellement plus conforme à un esprit d’ouverture de l’applaudir d’emblée. Mais, enfin, la page est tournée et Paris dans sa rue de Rivoli va pouvoir ressembler à Paris : une ville qui se transforme sans peur de l’avenir.
Si le projet reprend son cours, c’est qu’un arrêt du Conseil d’État rejette l’interprétation restrictive du Plan local d’urbanisme (PLU) que le tribunal puis la cour administrative d’appel avaient cru bon de formuler quant à l’exigence d’intégration des constructions nouvelles dans le tissu urbain existant.

 

Dans sa grande sagesse, le Conseil d’État a en effet jugé qu’il fallait retenir une interprétation plus ouverte de l’article UG 11 du PLU.

Il estime que les jugements précédents n’ont pas assez tenu compte d’autres passages de cet article qui venaient tempérer l’exigence d’insertion dans le tissu urbain existant. Le Conseil d’État a ainsi constaté que cet article affichait lui-même le souci d’éviter le « mimétisme architectural » et qu’il autorisait dans une certaine mesure la délivrance de permis pour des projets d’architecture contemporaine pouvant s’écarter des « registres dominants » de l’architecture parisienne en matière d’apparence des bâtiments, et pouvant retenir des matériaux ou teintes « innovants ».

C’est sur la base de cette interprétation que le Conseil d’État a jugé que le projet était conforme au droit. Il a souligné l’hétérogénéité stylistique des bâtiments de la partie de la rue de Rivoli dans laquelle se situe le projet, en relevant la présence d’édifices « Art Nouveau », « Art Déco » ou d’autres styles s’écartant du style haussmannien. Il a relevé que le verre était un matériau de façade utilisé pour d’autres édifices avoisinants.

Le Conseil d’État a, enfin, constaté que la hauteur et l’ordonnancement du projet correspondaient à ceux des immeubles voisins. Dans ces conditions, il a estimé que le projet respectait l’article UG 11 du PLU. Il a par ailleurs jugé qu’aucune des autres critiques formulées par les requérants n’était fondée.

 

Voilà qui constitue une brèche heureuse dans le conformisme architectural qui prévaut encore trop souvent.

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